À propos

Les œuvres de Julia Dantonnet s’articulent et se déploient toutes autour d’un axe : la lumière, ses propriétés matérielles, son pouvoir de transformation, de révèlement. Diplômée en 2001 de l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy, puis en 2006 de l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle à Paris, elle a très tôt orienté ses recherches vers les questions liées à la lumière urbaine. Mais c’est le travail en agence, entamé dès les années d’étude, et les expérimentations induites par la manipulation des outils et des dispositifs de diffusion qui ont confirmé la nature spécifique de cet intérêt et de cet engagement.

Si son travail, protéiforme, traite de questions spatiales, symboliques et perceptuelles, c’est à travers un spectre d’approches complémentaires, toujours liées à la lumière. Ainsi, plusieurs de ses œuvres appartiennent au champ sculptural. Installés à ciel ouvert, jouant des variations de la lumière naturelle, les objets qu’elle conçoit et réalise ont intégré la versatilité lumineuse inhérente aux espaces publics extérieurs. Les phénomènes naturels sont filtrés, les formes organiques sont réinterprétées, réemployées, modifiées.

L’œuvre, résolument artistique dans sa visée, est ici coloré par une approche de designer ; il s’appuie de façon riche et méthodique sur les contraintes particulières du lieu d’intervention, sur les possibilités modulaires des formes développées. La conception des objets est parcourue par la prise en compte de ces données pré existantes : nature et dimensions des sites d’installation (un lac, une colline, une rue), mais aussi par la volonté d’élaborer un dispositif léger.

La pratique de Julia Dantonnet passe aussi par le travail d’images en mouvement, projetées directement sur des éléments d’architecture ou du paysage. S’inspirant de l’histoire des lieux investis, mais aussi de leurs caractéristiques spatiales, chromatiques et formelles, elle conçoit des suites de signes, de symboles et de formes abstraites, combinés dans un déploiement permanent. Les images, souvent filmées sur place, sont altérées, retravaillées afin d’être dissolues dans un flux lumineux. Elles peuvent alors réapparaître, fragmentées, fractales ou hybrides. Leur projection directe sur une architecture agit comme un révélateur : ses contours sont redéfinis, l’espace est redessiné, une histoire invisible ou apocryphe peut être lue dans leur enchaînement.

Enfin, Julia Dantonnet développe une articulation encore différente de son travail, ici dans un champ aux visées fonctionnelles, spatialisantes, signifiantes. La lumière, ses trajectoires, son pouvoir de suggestion, de valorisation, son expressivité, sont mis au service de problématiques urbaines ou muséales. La création, le plus souvent collaborative, de scénographies lumineuses joue des faisceaux comme autant de moyens d’orienter le regard. La conception de projets d’éclairage public est abordée avec la volonté d’approfondir de manière neuve plusieurs problématiques : le désir de préserver une obscurité nocturne, la dimension écologique et la consommation d’énergie des dispositifs éclairants en relation avec les usagers.

L’impermanence et la fluidité, qu’il s’agisse de celles de la matière lumière, directement travaillée dans les sculptures, ou de celles de situations urbaines, sont des vecteurs toujours présents dans l’approche de Julia Dantonnet. Le fait d’investir des lieux de vie, de passage, des espaces ruraux ou naturels, à la rencontre du public sur des terrains souvent ignorés par l’institution artistique constitue un engagement spécifique.

L’aller-retour de la lumière à l’ombre définit un espace personnel à son travail, dans lequel peuvent se déployer thématiques et sensations. Les formes et les signes fluctuent, disparaissent ou éclairent ; ils rendent compte d’un lieu où la matière n’est jamais figée, toujours vivante, animée.

Texte de Jonas Delaborde